« Fallas » à Valence : premiers pas vers une fête plus durable

Si les fallas constituent une grande fête qui renforce la cohésion sociale, dynamise l’économie locale et consolide l’identité culturelle, elles n’en sont pas moins très polluantes. Mais les choses évoluent et les autorités locales commencent à prendre en compte l’impact environnemental.

Date de publication
31/03/2026
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4 minutes
Falla Borrull Socors en 2018 faites de chaises trouvés dans les bennes.

Etant donné que le programme Interreg NEXT MED a une antenne à Valence, en Espagne, il nous semble indispensable de nous intéresser aux festivités qui animent chaque année cette troisième ville du pays au mois de mars. Avez-vous déjà entendu parler de la fête régionale la plus emblématique de Valence : « Las Fallas » ?

Les Fallas puisent leurs racines dans une ancienne tradition où les charpentiers valenciens brûlaient du vieux bois et des matériaux de récupération pour célébrer l’arrivée du printemps. Cette coutume était liée à saint Joseph, le saint patron des charpentiers. À l’origine, il s’agissait de simples feux de joie composés de matériaux : vieux meubles, chutes de bois et objets devenus inutiles.

Avec le temps, les habitants ont commencé à décorer ces objets, y ajoutant des figures humoristiques, ce qui a donné naissance aux monuments artistiques élaborés que l’on connaît aujourd’hui, porteurs de messages satiriques. Au fil du temps, ces structures ont été remplacées par du « liège blanc », qui est en réalité du polystyrène expansé (PSE). Ce matériau est un dérivé du pétrole.

Aujourd’hui, la préparation de ces sculptures par des artistes (artista fallero) prend des mois et peut atteindre 30 mètres de haut. Chaque quartier de Valence possède ses comités de fallas, véritables centres sociaux pour leurs membres (casal faller), qui œuvrent toute l’année à collecter des fonds, organiser des événements et concevoir leurs fallas. Ce qui fait de la fête une expression majeure de l’identité communautaire et du savoir-faire artisanal, profondément ancrée dans les traditions valenciennes telles que les costumes, la musique et la gastronomie.

Les principales festivités ont lieu du 15 au 19 mars chaque année, bien que les célébrations commencent plus tôt avec des spectacles pyrotechniques quotidiens appelés Mascletàs début mars (utilisant environ 120 kilos d’explosifs par jour pendant près de trois semaines). Outre ces immenses sculptures appelées fallas, on trouve à l’intérieur de chaque falla des figurines plus petites, appelées ninots. De nombreux feux d’artifice illuminent également le ciel de la ville, et l’ofrenda (offrande florale à la Virgen de los Desamparados les 17 et 18 mars) est présentée. Plus de 100 000 falleros et falleros ont défilé à l’ofrenda en 2026. Tout cela culmine avec la cremà : l’incinération finale de toutes les fallas (environ 760, car il y a environ 380 fallas et autant de ninots) le 19 mars, symbolisant le renouveau. Selon une étude du groupe TIC contre le changement climatique de l’Université polytechnique de Valence (2021), les fallas émettraient plus de 4 400 tonnes de CO2 par an (surtout pendant la cremà).

Ainsi, les fallas sont impressionnantes, renforcent la cohésion sociale à Valence, perpétuent de belles traditions, dynamisent l’économie locale et promeuvent la culture et la fête. De plus, elles ont été inscrites au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO le 30 novembre 2016. Alors que nous célébrons la Journée internationale du zéro déchet, réfléchissons à la manière dont cette belle tradition pourrait être plus durable et tenter de réduire les déchets qu’elle génère chaque année.

Fallas et développement durable

Pour cela, Interreg NEXT MED a interviewé Mme Francisca Hipólito Bonet, déléguée au développement durable de sa falla : la falla Borrull Socors. Depuis 2016, les membres de la falla Borrull Socors réfléchissent à la manière de rendre les fallas plus durables et moins gourmandes en ressources. Par exemple, ils ont commencé à construire leur monument avec du carton et de la paille de riz, car au sud de Valence, dans le parc naturel de l’Albufera, se trouvent de nombreuses rizières. Après la récolte, la paille de riz est brûlée ; ils ont donc pensé à la réutiliser pour la falla. Ce qui a commencé par une prise de conscience accrue du choix des matériaux s’est étendu à tous les aspects de la vie communautaire des membres de cette falla : du zéro déchet (plastique et alimentaire) à l’utilisation d’énergies renouvelables pour l’électricité, en passant par l’interdiction des articles jetables.

Premier prix des fallas durables décerné par la mairie de Valence

En 2023, la mairie de Valence a lancé pour la première fois un prix récompensant les fallas durables. Depuis cette première édition jusqu’à aujourd’hui (2026), la falla Borull Socors a remporté le premier prix dans cette catégorie. Qu’est-ce qui explique un tel succès en matière de développement durable ? Tout d’abord, chaque falla souhaitant concourir pour ce prix doit soumettre un dossier complet, incluant le calcul de son empreinte carbone à l’aide d’un outil du ministère espagnol de la Transition écologique et du Défi démographique. Bien que cet outil ait été conçu pour les grandes entreprises afin de mesurer leur impact carbone et qu’il puisse être mieux adapté à la structure d’une falla, il constitue un bon point de départ.

Utilisation des matériaux

Comme mentionné précédemment, le prix repose sur le calcul de l’empreinte carbone, prenant principalement en compte les matériaux utilisés, mais aussi leur poids. Le 19 mars, combien de kilos seront brûlés ? Certains ont fait remarquer combien il était agréable de voir la fumée blanche d’une falla fabriquée à partir d’un matériau plus durable, comparée à la fumée noire qui s’échappe du polystyrène expansé.

Utilisation d’énergies renouvelables

Dans le cas de Borull Socors, ils appartiennent à une communauté énergétique locale et produisent leur électricité grâce à l’énergie solaire.

Recyclage

La plupart des fallas utilisent des plastiques à usage unique pour la plupart de leurs rassemblements (déjeuners et dîners), des bouteilles en plastique pour l’eau et de la bière en bouteilles en verre.

Pour leur part, ils ont commencé à utiliser de la vaisselle adaptée et ont investi dans des lave-vaisselles, des filtres pour l’eau en bouteilles de verre et ont installé une tireuse à bière.

Sensibilisation et ateliers

Par ailleurs, ils ont organisé de nombreux ateliers pour les enfants afin de les sensibiliser au recyclage et aux gestes écoresponsables.

Implication des membres de la falla

Tout cela représente un effort collectif qui témoigne du temps et de l’énergie que chacun des 150 membres de cette falla consacre à sa mise en œuvre. Ils organisent des roulements pour s’assurer que toutes ces tâches sont effectuées, suivies et partagées par tous.

Qu´envisager pour le futur ?

Lancer le prix du développement durable est un bon point de départ pour inciter les gens à agir, mais ce n’est pas suffisant. Parmi les 380 fallas de la ville de Valence, seules 16 ont présenté leur candidature aux prix en 2026.

La prochaine étape pourrait consister à généraliser ces bonnes pratiques, à soutenir les fallas par des guides pratiques et des listes de contrôle faciles à utiliser, à leur fournir l’aide de conseillers en environnement et à organiser davantage d’ateliers pour diffuser ces gestes écologiques simples mais essentiels.

Enfin, Francisca souhaite placer l’environnement au cœur des fallas.

Et n’oublions pas l’origine de cette belle fête régionale, qui consistait à se débarrasser du vieux bois et des matériaux de récupération pour célébrer l’arrivée du printemps !

Pour plus d’informations sur la Falla de Borrull Socors et ses éditions depuis 1921, cliquez ici.

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