Projet MATRIX : comment la collaboration des PME méditerranéennes pourrait-elle contribuer à réduire les déchets dans le secteur textile ?

Sachant que 80 % de l’empreinte environnementale d’un produit est définie dès la phase de conception, il était évident pour ce projet que l’accent devait être mis sur cette partie.

Date de publication
30/03/2026
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4 minutes

Nous savons tous que l’industrie textile figure parmi les secteurs les plus polluants. Dans la région méditerranéenne, cela se traduit par un volume important de déchets, un taux de recyclage très faible, une forte dépendance à l’égard de l’élimination des déchets et une pression croissante sur les écosystèmes marins et côtiers. Selon le Parlement européen, seulement 1 % des vêtements sont recyclés.

La nécessité de réduire les déchets dans le secteur textile de la région méditerranéenne est évidente. La question est de savoir comment les PME de la région peuvent y contribuer. C’est là qu’intervient un projet comme MATRIX, financé par Interreg NEXT MED.

Privilégier la phase de conception

Saviez-vous que plus de 80 % de l’empreinte environnementale d’un produit est déterminée lors de la phase de conception ? Les décisions prises à cette étape dictent le choix des matériaux, les méthodes de production et le potentiel de réutilisation ou de recyclage du produit, selon la Commission européenne.

Le projet MATRIX (Mediterranean Pathway for Circular Textiles) rassemble des partenaires du secteur privé d’Égypte, d’Italie, de Palestine, d’Espagne, de Tunisie et de Turquie. Sous l’égide du Cluster de la Mode Catalane (MODACC), une collaboration a été mise en place pour faire évoluer les pratiques des PME et réduire ainsi les déchets tout au long de la chaîne de valeur.

À l’occasion de la Journée internationale du zéro déchet, Interreg NEXT MED a interviewé Lidia Morcillo Jordana, coordinatrice du projet MATRIX au sein du MODACC, afin d’en savoir plus sur ce projet et sa contribution à la réduction des déchets dans le secteur textile méditerranéen, en particulier pour les PME.

Création d’une base de données de matériaux circulaires

Le projet MATRIX prévoit dans un premier temps la création d’une matrice (d´où le nom du projet) contenant une base de données recensant les matériaux et fibres à faible impact environnemental, ainsi qu’une boîte à outils proposant des solutions pour réduire l’empreinte environnementale des PME. Le projet s’appuiera ensuite sur des plateformes existantes et des formations sont également prévues.

Une fois la matrice définie, l’objectif est de mettre en relation les fournisseurs de ces solutions avec les PME afin que ces dernières puissent les tester à travers des projets pilotes.

Visites d’étude entre l’Espagne et la Tunisie

Ces visites devraient apporter une réelle valeur ajoutée en permettant aux PME d’échanger et de partager leurs expériences. Cette partie inclura également la mise en œuvre de projets pilotes pour tester les solutions en vue de la mise en place de l’écoconception numérique, de la mesure d’impact et de l’éco-étiquetage.

Pacte méditerranéen pour une mode circulaire

À terme, l’objectif est de réunir les PME de toutes les rives de la Méditerranée autour d’un accord visant à améliorer la chaîne de valeur grâce à l’utilisation de nouvelles technologies pour optimiser les processus. Par ailleurs, sachant que 70 % de la consommation textile est importée et que 80 % de son impact environnemental se produit hors d’Europe, les émissions de gaz à effet de serre liées au transport représentent une part importante. Il devient donc stratégique de développer une chaîne de valeur méditerranéenne de proximité.

Principaux défis de l’économie circulaire dans le secteur textile

Si des initiatives comme MATRIX, qui mettent l’accent sur le rôle des PME, sont très positives, il ne faut pas perdre de vue l’ensemble du problème. Selon Euratex, entre 20 et 40 % des textiles restent invendus. Cela concerne les textiles en général, et pas seulement les vêtements. Bien que les PME travaillent à plus petite échelle, elles peuvent difficilement se permettre de gaspiller leur production. Il est important de souligner que la plupart des invendus proviennent des grandes entreprises de mode.

Réglementation : nécessaire, mais réticence croissante

Bien que l’Union européenne ait réalisé d’importants progrès dans ce domaine, notamment avec la stratégie pour des textiles durables et circulaires et la directive-cadre relative aux déchets, et que ces mesures soient indispensables pour structurer l’introduction de l’économie circulaire dans l’industrie textile, leur mise en œuvre se heurte à une réticence grandissante. Cette réticence se traduit par des charges financières et administratives plus lourdes, la crainte de perdre en compétitivité, en particulier dans le secteur de la fast fashion, et le manque d’infrastructures de recyclage, pour ne citer que quelques raisons.

Désirs des consommateurs

Si les PME peuvent être sensibilisées à l’importance de mettre en place des mesures visant à réduire leur empreinte environnementale, ce sont en fin de compte les besoins et les désirs des consommateurs qui dictent la tendance sur le marché.

Situation géopolitique actuelle

N’oublions pas que le contexte mondial actuel a un impact sur le secteur. Le retrait de pays comme les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat affecte la compétitivité. Alors que l’instabilité s’installe dans de nombreuses régions du monde, l’achat de vêtements neufs et des dernières tendances à la mode n’est plus une priorité. On observe d’ailleurs une baisse de la consommation de vêtements au courant de cette dernière année.

Le projet MATRIX sera un succès si…

Interrogée sur les critères de réussite du projet à son terme, prévu en mars 2028, Lidia, coordinatrice du projet MATRIX, a partagé les attentes suivantes :

  • Si la base de données que nous avons développée et qui sera accessible à toutes les entreprises permet de sélectionner des matériaux et des fibres plus durables.
  • Si, à la fin du projet, un certain nombre d’entreprises ont intégré des solutions qui optimisent la gestion de la conception et la production,
  • Si certaines PMEs intègrent un système d’Intelligence Artificielle (IA) qui cerne les besoins des consommateurs, permettant ainsi à l’équipe de conception de développer une collection en phase avec leurs attentes et d’optimiser les ventes, de façon qu´en fin de saison, la quasi-totalité de la collection est vendue, alors je considérerai MATRIX comme une réussite !

Nous souhaitons que ce projet réussisse à mettre en place ces améliorations, certes petites, mais si importantes, pour faire de l’industrie textile un secteur qui génèrent moins de déchets !

Comme souvent, ce sont les petits pas qui font la différence. Bonne chance aux partenaires de MATRIX !

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